Le harcèlement sexuel au travail

Coucou petit brocoli

Au vue du titre de l’article, tu comprends vite que le sujet d’aujourd’hui est très sérieux. Il est vrai qu’à la naissance de ce blog je voulais parler principalement de véganisme, mais au fur à mesure du temps tu as pu voir que j’abordais aussi d’autres sujets. Finalement ce blog se veut de plus en plus personnel et militant, j’espère que cette nouvelle voie te plaira. Pour être tout à fait honnête avec toi, l’écriture de cet article me stresse énormément. Il n’est jamais facile d’exposer nos expériences personnelles. Mais je pense qu’il est important de briser le silence, je vais donc me faire un peu violence.

Dans une nuit d’Avril 1986, ma mère me mis au monde dans un hôpital à Toulon. Je suis née avec un sexe féminin, je ne le savais pas encore, mais ce genre va diriger toute ma vie.  Je ne me plains pas, j’ai eu la chance de naître dans un pays civilisé où les femmes ont aussi des droits. En théorie, mon sexe ne devrait donc pas être un obstacle pour moi…. En théorie bien sûr.

J’ai fait mon entrée dans le monde du travail, juste après mon bac à 19 ans. En fin d’année 2005. L’entretien d’embauche était vraiment très bizarre. Mais c’était mon premier, du coup je n’avais pas de point de comparaison. Les postes à pourvoir étaient dans une petite unité de fabrication de produit chimique. Il y avait 2 postes de libre. J’ai très vite compris qu’il voulait embaucher un homme et une femme. Ils avaient besoin d’une femme pour la mettre en avant pour les clients comme quoi ils favorisaient l’embauche des femmes. Ils ne s’en cachaient pas ils en étaient même fier.  Nous étions deux filles à nous présenter, nous nous connaissions, nous étions dans la même classe. Avec le recul, je pense que ma tenue décontractée a joué en ma faveur. Je suis arrivée en jeans baskets, cheveux attachés et peu maquillée. Tandis que ma collègue était plus girly dans sa tenue. On nous a demandé à toutes les deux de porter un sac d’acide de 20kg, il fallait s’assurer que notre petite condition de femme pouvait nous permettre des tâches un peu plus physique. Je me souviens avoir trouvé ça vraiment débile et rétrograde pour nous, mais nous l’avons fait. Ensuite est venu le temps des questions, je m’attendais à des questions techniques sur le métier mais non la seule chose qui les intéressait, c’était de connaitre ma situation amoureuse et mes projets bébés. Voilà quand tu es une femme, tes compétences on s’en fou, ce qui est important c’est de savoir quand tu ne seras plus productive pour la société. Suite à cet entretien j’ai été embauchée. J’avoue avoir eu la chance de travailler dans une unité de quatre personnes, nous formions deux équipes de deux. J’étais donc la seule femme de l’unité mais je n’ai jamais eu de remarque déplacée au sein de mon équipe. Par contre, j’ai largement été discriminée par mon chef suite à ma grossesse. J’ai fini par démissionner après de long mois d’harcèlement moral. Cette expérience a gardé une forte empreinte en moi, au point que j’ai depuis toujours eu peur de signer des CDI.

IMG_6669Quelques années plus tard, j’ai fait de l’intérim dans les entrepôts. Là j’ai commencé à être confrontée à des réflexions régulières sur mon physique. Tout y est passé, mon poids, ma coiffure, mon maquillage… Mes collègues me donnaient même des conseils, du genre tu devrais te maquiller plus souvent etc. J’étais encore à un stade de ma vie où je fermais ma gueule et je souriais niaisement pour me faire oublier. Tous les jours c’était pareil, avec pour certains jours des propositions plus directes, un plan dans une chambre d’hôtel, dans une voiture ou autre. J’étais très gênée, et pourtant je n’ai jamais rien dit. On veut s’intégrer alors on laisse courir. Aujourd’hui, je réagirais vraiment différemment, nous n’avons pas à subir ça sur notre lieu de travail. Nous venons pour gagner notre vie, pas pour se faire juger tous les jours et avoir à refuser toute sorte de propositions sordides. Alors, tu me diras peut-être que c’est rien, mais non, ce n’est pas rien. Quand un collègue s’approche de toi avec les yeux qui puent le sexe et qu’il te murmure « je bande pour toi regarde ma bosse ». Je dis non c’est du harcèlement sexuel. Les mots peuvent aussi détruire, il n’y a pas que les actes. Ici je n’ai jamais subi d’attouchement ou autre, mais j’y ai perdu de ma dignité. J’avais l’impression de n’être qu’une merde. Je n’avais pas confiance en moi et ça devait surement se voir. J’ai honte de n’avoir pas pu les envoyer chier même si je sais que la faute n’est pas pour moi mais pour eux.

J’ai travaillé quelques années dans un laboratoire au sein d’une usine. En termes de carrière professionnelle, ça a été ma plus belle expérience. Et pourtant, c’est au sein de cette usine que j’ai le plus d’anecdotes à te raconter. Car sous couvert de l’humour, là-bas le harcèlement sexuel est banalisé au point que tu n’arrives plus à juger où est la barrière tellement tout est devenu flou dans nos esprits. Il y en a eu tellement que ça serait vraiment difficile de tout te raconter. Je ne vais donc rester que sur celles qui m’ont le plus marquée.

Je venais à peine d’arriver, je n’avais pas encore retenu tous les prénoms, que sur le ton de l’humour, on m’a dit :  » toi je t’attrape, je t’écarte les cuisses comme les os d’un poulet et je te fais faire le tourniquet de la mort sur ma bite ! » je ne m’y attendais pas du tout. Ma collègue rigole et me dit de ne pas m’inquiéter, qu’il dit ça à toutes les filles et que ce n’est que de l’humour. Ce qui est vrai d’ailleurs, il est très gentil. Mais entendre cette phrase d’un inconnu c’est particulier tout de même. Du coup si on accepte ça sous couvert de l’humour, ça va nous mener où. Et c’est là où j’ai aussi ma part de responsabilité, car son couvert de l’humour, j’ai commencé à rigoler avec tout le monde. Seulement voilà, à être trop gentille les limites sont vite dépassées. Et je n’ai pas posé les limites moi-même pensant naïvement que le respect était un concept logique… mais non.

Je ne sentais pas le harcèlement sexuel dans une anecdote, mais dans un ensemble, toutes ces rumeurs comme quoi je couchais avec untel ou untel à tel endroit de l’usine, ces regards et jugements sur mes tenues, je me souviens de la vague de réaction qu’avait provoqué une de mes tenues d’été, un short en jeans. C’était démesuré, du coup dans cet environnement de travail, j’avais perdu la possibilité de m’habiller comme je le voulais. C’est assez paradoxal, car d’un côté, il y avait des gens formidables, et de l’autre, un petit noyau qui rendait la condition féminine difficile.

J’ai eu une personne mariée qui se vantait d’être mon amant, il a fallu que je le menace pour que cesse cette rumeur. Je ne suis pas une personne qui aime menacer, mais après trois ans de rumeurs et ragots sur moi, je me sentais salie. Je n’arrivais plus à garder le sourire.

Une fois, j’étais seule au laboratoire avec un collègue, on discutait et on rigolait. Jusqu’au moment où il me plaque au sol en essayant de déboutonner mon pantalon. Reflexe, il s’est pris un coup de pied avec mes chaussures de sécurité. Il m’a de suite dit « non mais je rigole ». Je n’ai pas fait remonter cet incident et il n’a jamais recommencé. Mais avec le recul, j’aurais dû mais je ne voulais pas faire de vague.

Une autre fois dans le laboratoire, un autre collègue me propose un plan échangisme avec sa femme. Je décline mais il persiste. Pourtant quand tu dis « non » même calmement c’est non ? Non ? Il a pourtant insisté pendant plus d’une demi-heure et je peux dire que c’est très long.

Et voici l’histoire de trop : un chef d’équipe s’était amusé à récupérer une photo de mon profil Facebook de moi avec mon chat. Il s’amusait à la montrer à tout le monde en demandant qui voulait voir ma chatte.  Et bien-sûr derrière mon dos sinon ce n’est pas drôle. Lorsque je l’ai appris, j’ai décidé d’aller à la confrontation devant toute son équipe. Il n’y avait pas de raison que je sois la seule humiliée dans cette histoire. Un matin, je débarque donc accompagnée de ma collègue dans son unité. Manque de chance pour lui il y avait son chef, mais j’étais déterminée. Devant tout le monde et au milieu de la pièce je lui demande si ma chatte lui plaît. Il s’est retrouvé choqué et un peu con. Il a essayé de sortir deux trois mots pour se sortir de cette situation. Tout le monde a essayé de se cacher pour rire discrètement. N’étant pas une personne méchante (ou plutôt étant une personne trop conne), je me dis qu’en terme d’humiliation c’est suffisant et que je n’irais pas plus loin. Mais je décide tout de même d’aller voir son chef l’après-midi pour m’expliquer. Je dois bien admettre que je ne m’attendais pas à cette réaction. Son chef me dit : « oh, le pauvre, tu l’as humilié devant tous ses gars. Ça ne se fait pas ». Je suis choquée, et je lui dis : « mais comment ça le pauvre, et mon intégrité ? »  « Oui, mais toi tu as l’habitude avec toutes les rumeurs qui courent sur toi. »

Et oui voilà, je suis forcée de l’admettre, qu’à force de tout prendre sur le ton de l’humour, rien n’était devenu grave sur ma personne puisque j’avais l’habitude. A ce moment-là j’étais envahie par la colère. La colère envers ceux avec qui je travaillais et qui ne me respectaient plus et la colère envers moi même qui avait laissé la situation pourrir. Alors, cette fois-ci je ne me laisserai pas faire. Je me suis rendu au CHSCT pour faire remonter mon histoire à la direction. Tu me croiras ou pas, mais il a fallu se battre pour que la direction me reconnaisse en tant que victime et lui mette un avertissement. À ce moment-là, nous sommes en 2016, et pourtant être une femme dans une entreprise est toujours difficile. Nous devons nous battre pour gagner le droit d’être respectée.

J’ai décidé de ne citer aucun nom et aucun lieu, car mon histoire est malheureusement banale. Ça se passe partout et dans beaucoup d’entreprises. Beaucoup sous couvert de l’humour ne se rendent pas compte des conséquences de leurs mots. Je n’ai plus de colère envers qui que ce soit. Les années passées dans cette entreprise m’ont beaucoup fait grandir, et j’espère que d’autres ont changé et grandi avec moi.  Aujourd’hui, je n’ai qu’un souhait, c’est, que dans les entreprises majoritairement masculines, qu’il y ait une structure pour aider les femmes et les jeunes filles à ne pas vivre tout ça.

Je tiens à préciser que le but de cet article n’est pas de me faire plaindre ou d’accuser qui que ce soit. Mais juste un témoignage de plus pour que l’on comprenne tous qu’aujourd’hui encore la condition des femmes dans les entreprises est difficile. Nous avons le devoir de changer les mentalités par l’éducation pour que nous puissions tous travailler dans des conditions saines.  Si toi aussi tu subis des comportements déplacés sur ton lieu de travail, parle, brise le silence. Il n’y a pas de petit témoignage, chacun permet d’avancer dans la bonne direction.

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, même si c’était long, prends soin de toi et je te dis à bientôt.

Gros bisous

LaJu Veggie

 

2 réflexions sur “Le harcèlement sexuel au travail

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